Dans le studio Bagouet, modulable, la tribune est installée côté scène, la régie est face à nous, le son vient de derrière. Le public restera éclairé pendant le spectacle.
Xavier Le Roy se met de dos pour commencer à diriger la musique de Stravinsky (musique enregistrée, bien sûr), il semble à peine exagérer les gestes et devance les sons comme le fait un chef
d'orchestre.
Il est question dans cette pièce de mouvements qui décident de la musique; jusqu'à la dérive du corps qui finit par suivre celle-ci pour devenir danse.
Très vite, Xavier se retourne et devient notre chef, nous fixe dans les yeux, s'adresse à chacun de nous par le geste.
D'un geste aussi, il arrête la musique.
Il se met à un moment de côté pour écouter avec nous la musique.
Ses gestes s'allongent, son corps entier entre en jeu, il peut sauter, battre, s'étirer, se plier, mais sans perdre de vue que nous sommes les musiciens, nous le public. Jusqu'à la fin, il continue
avec un geste, un rappel, une remise à plat, à croire qu'il dirige la musique, alors qu'il part dans une gestuelle hyper-expressive, presque lyrique, très physique.
C'est quand tout ça devient danse, quand Xavier Le Roy oublie de devancer pour suivre la musique, c'est là que la magie opère, le but est perdu (de diriger) puisque l'interprète suit au plus près,
écoute et bouge, et ne contrôle plus rien sinon son corps guidé uniquement par la musique très folle de Stravinsky. Chef ou marionnette ?!
Spectacle qui donne beaucoup de matière à réflexion pendant et après. Entre autre : expérience en cours; spectacle définitif et écrit; essai hybride de relation au public; laissé-aller à l'écoute
pure et simple d'une musique enregistrée mais magique; mise en place d'une matière plastique (la danse) sur une base toute simple du quotidien (la vue d'un documentaire sur Sir Simon Rattle à la
tête de l’Orchestre Philharmonique de Berlin); ce qui peut être considéré comme une réserve de gestes venus d'un autre monde; le rapport terre-à-terre à la création, une simplicité entre idée et
mise en place visuelle (la proximité de ce rapport donne de la percussion).
En se fixant des règles du jeu, en décortiquant l'ambiguïté d'un regard sur un chef d'orchestre, il y a de quoi s'amuser et régaler un public.
Bonjour Pascal et merci pour ton commentaire.<br />
Le spectacle de Xavier Le Roy au festival montpellierdanse sera "More mouvements für Lachenmann" et non "Le Sacre du Printemps". Mais ce second spectacle semble être dans la continuité de sa recherche actuelle.