Rencontres photographiques d'Arles 2011
du 04 juillet au 18 septembre
Le 03 août 2011
NOTE PERSONNELLE (seconde journée): 4/5
et 5/5 pour la partie centrale "From Here On"
La seconde journée commence très fort avec Enrique Metinides. Il a photographié pendant des années les faits divers.
Il commente chaque image:
"En reliant un 'diablito' - une méthode pour pirater de l'électricité - Manuel Atiliano Ramirez, un teinturier de 45
ans, chez qui le courant avait été coupé, meurt en essayant d'alimenter sa télévision pour regarder un match de football. Mexico, 9 octobre 1971."
Sur cette dernière, une fille est coincée dans la voiture à côté de son ami mort.
Photos souvent terribles, Metinides arrive toujours après, avec la police ou les secouristes, il cadre le drame avec
les badauds autour. Ca ne me paraît pas malsain, les photos sont juste violentes. Mais je sens le photographe lui-même très curieux de voir la mort, d'avoir "le frisson". Il y a quelquefois une
ironie, un amusement déplacé dans ses commentaires. C'est fascinant, comme de regarder les victimes d'un accident en passant à côté, c'est magnétique.
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Voici le lieu de "From Here On (à partir de maintenant)".
C'est l'exposition (largement) la plus intéressante, la plus créative, qui a été
beaucoup critiquée.
Les Rencontres ont parfois de ces élans hors la photo guindée, il faut soutenir ces
écarts, ils sont l'avenir de l'image photographique.
Mishka Henner a cherché sur internet en tapant "Photograpy Is (La Photographie c'est)". Il a trouvé 3000 termes qui
définissent ce qu'est la photographie.*
Il a pris en photo des présentateurs ou autres à la télé au moment où ils ont les yeux fermés, figés dans une
méditation, dans une parenthèse, dans un sommeil profond. Images que l'on a tous sous les yeux mais que l'on ne voit jamais, révélée ici grâce à la photo.*
Jens Sundheim s'amuse à se faire filmer par des webcams du monde entier. Il récupère l'image pour mémoriser son
trajet.*
Hermann Zschiegner explore la photographie à l'ère de Google. En tapant "walker evans, sherrie levine", il a obtenu
de vingt-six images du même portrait d'Allie Mae Burroughs. Toutes sont présentées au même format, d'où des différences de qualité. Le titre de chaque image redonne la référence de Levine ou
d'Evans.*
Pavel Maria Smejkal présente la série "Fatescapes (Destinéchappées)", photos qui ont marquées l'histoire du
reportage photo, sauf que Smejkal en a retiré le sujet principal. Reste le paysage vide.*
Doug Rickard fait comme beaucoup, il récupère, sélectionne des images capturées par "Google Street View". Il y a une
référence à la photo de rue américaine des années 60/70 dans les couleurs, les perspectives, les espaces, les ciels. Mais surtout, il y a une présence fantomatique, avec à chaque fois une
personne ou deux perdues dans l'espace, bien dans l'esprit de ces images "Google", prises en roulant dans la rue, la caméra elle-même fantôme.
L'oeuvre qui m'a le plus touché est cette petite video de 4'15" du collectif "CUM*"
"girls room dance (filles pièce danse), 2010" dont voici deux images. Ce n'est presque rien, des images prises sur
YouTube de filles se filmant essayant de danser, de remuer leur derrière devant leur webcam. C'est, semble-t-il une activité commune. Ici, parfois la fille s'arrête avant d'être cadrée
entièrement, d'autres se retournent, souvent c'est coupé après trois pas. Je ne comprends pas le montage, si les morceaux sont entiers ou coupés par les auteurs de cette oeuvre. Dessus, il y a
une musique entrainante dont l'origine n'est pas précisée.
C'est à la fois très étonnant et envoutant, je me demande ce que font ces filles, pourquoi ? A voir, c'est un
plaisir brut, presque obscur, ce que l'on voit n'est pas ce qu'elles veulent montrer. En fait si, puisqu'elles ont vu leurs video avant de les poster.
Comme il est dit ailleurs dans cette expo "From Here On", il y a trop d'images partout, plus besoin d'en rajouter,
il suffit de faire avec celles disponibles. Là, ça marche parfaitement.
Roy Arden dresse des inventaires d'images. Dans "Le monde comme volonté et comme représentation" de 2007, il
présente un petit diaporama de 28 144 images qui défilent en 38 min 51. Le défilement sembe aléatoire et va très vite. Mais, il y a un ordre, spécial, celui de l'archivage
alphabétique.
C'est presque n'importe quoi, mais c'est au final captivant, avec un défilement rapide mais confortable, permettant
de profiter de chaque image dans un flux permanent. Ca représenterait notre boulimie d'images, notre oubli aussi.
Corinne Vionnet utilise aussi les images des autres. Elle superpose une centaine de vues trouvées d'un même site
touristique (la tour Eiffel, la Mecque, le Colysée, le Parthénon), pris du même endroit, ce qui est très courant. Le résultat est surprenant. Images fantômes, le monument est largement
reconnaissable, toujours présent, centre et sujet principal. Le restant se brouille, disparait mais est encore là, les gens, les paysages, les colonnes, l'eau. Ca donne une image très belle,
entre photo et aquarelle. Elle coule, fluide.
Ewoudt Boonstra récupère sur internet des photos de personnes avec le visage masqué. Il les encadre comme elles
pourraient l'être dans leur utilisation familiale.*
David Crawford montre plusieurs cadres photos dans lesquels se déroule une très courte scène filmée dans un bus ou
le métro. Les images tournent en boucle. Par exemple, juste une respiration de cette fille. D'autres qui font un mouvement, un geste.
Thomas Mailaender montre des photos de blagues d'internet, photos parfois connues (envoyées d'un collègue à un autre
dans les entreprises). C'est souvent drôle, un peu lourd. Il a installé de la paille et des poules (de vraies poules) devant, le tout est vitré. Il fait aussi des pots, genre club de poterie pour
enfants sur lesquelles il colle ces mêmes photos.
Nancy Bean, la chatte de Christian Bean fait des photos avec un appareil attaché à son cou. Pas très original, mais
ces deux photos m'ont intéressé.
*Pour certains photographes, je ne fais que décrire ce que je vois, le plus objectivement possible, sans
apporter de notion de qualité, de jugement. Ce n'est pas de l'indifférence, au contraire, c'est que j'y trouve de l'intérêt en soi (c'est pourquoi je les mémorise), et que j'aimerais laisser au
lecteur le plaisir de la découverte.
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Joachim Mogarra m'a toujours paru exagéré dans ses rapprochements "petite histoire" et images pauvres. Ici, j'ai
pris plaisir à ces blagues poétiques.
Sur les photos:
"Les anneaux de Saturne:
ils sont constitués de blocs de glace et de roches."
"Horloge atomique embarquée dans les vols Apollo."
"Théorie de l'espace plat:
ciel
terre"
Rut Blees Luxemburg fait des photos de nuit, images de lieux perdus, de riens. Les photos sont précises dans leurs
cadrages, avec des couleurs volontaires.
Raphaël Dallaporta accompagne des archéologues en Afghanistan et fait des photos aériennes d'un drone adapté qu'il
mont ensuite grâce à un logiciel de montage. Ces photos sont à la fois techniques, utiles, mais ont aussi une qualité de représentation de ces paysages pauvres, où seules ressortent les ombres.
En m'approchant, je suis surpris de voir très vite un grain énorme et donc une faible définition. Aucun détail n'est visible contrairement à l'habitude que l'on a maintenant avec les vues de la
terre sur le net.
Jo Ractliffe expose des photos qu'il prend par exemple en Angola 5 ans après la fin de la guerre. Au départ, il
voulait étudier la démographie sociale et spatiale de la ville (Luanda). Il nous livre finalement des photos de simples paysages contenant d'eux-mêmes les traces du passé.
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